browser icon
You are using an insecure version of your web browser. Please update your browser!
Using an outdated browser makes your computer unsafe. For a safer, faster, more enjoyable user experience, please update your browser today or try a newer browser.

Viva Zapata !

Posted by on 24 mai 2013

Cette ligne de bus je la connais bien. Il y a 40 ans, je voyageais souvent entre San Cristóbal de Las Casas et Palenque. Je laissais ma VW 1500 au garage pour lui épargner cette route piégeuse et je profitais du voyage.

Aujourd’hui, de retour au Mexique, j’ai l’impression que c’est le même bus avec les mêmes indiens, les mêmes poules entravées dans des sacs et les mêmes odeurs parfois fortes mais toujours enivrantes. Ces odeurs, ces bruits, je me revois en 1970. Comme à l’époque, je préfère toujours les bus económico que les deluxe climatisés avec la TV. Ici, dans ce segunda clase, le spectacle est tout autour de moi. En sons et lumières… et en odorama ! Mon médecin m’a dit que je commençais à être trop vieux pour tout ça, mais c’est ce que j’aime. Alors zut !

7h de bus pour parcourir 200 kilomètres. Ca donne une idée du relief à traverser et de l’âge avancé de ce bus. Sans doute plus de 50 ans comme moi mais lui, il peine, il tousse et il fume comme un vieux mineur carolo. Je sais qu’il n’y aura que deux arrêts, certainement dans ces gargotes typiques du Chiapas, au milieu de nulle part. On aura juste le temps d’engloutir une quesadilla de pollo et de faire un petit pipi dans la nature plutôt que dans ces baños peuplés comme des terrariums.


Agrandir le plan

Dit comme ça ce n’est pas très vendeur. Pourtant j’adore ce trajet, comme j’adore ces gens et ce pays. Je voyage seul, avec un petit sac sous mes pieds pour éviter d’en mettre un gros sur la galerie du toit et de ne pas le voir disparaître lors d’un arrêt impromptu.

Cela dit, je ne suis pas vraiment seul. Depuis quelques semaines, j’ai été adopté par un gecko. Ce petit lézard a élu domicile dans la chaleur de la poche de ma chemise. Quand un bruit l’intrigue, il galope sur mon épaule et s’arrête net, la tête droite, l’oeil inquisiteur, comme un navigateur à la proue de son navire. Je l’aime bien ce gecko mais je sais que c’est une espèce protégée, j’évite de le sortir de sa tanière en public.

Gecko

Un petit Gecko tient dans la paume de la main.

Je ne comprends pas comment mes voisins parviennent à dormir. La plus grande ligne droite depuis notre départ devait faire 15 mètres. Ce ne sont que des lacets à flanc de montagne. Et ces chauffeurs sont toujours les mêmes. Ils se sentent immortels, protégés par leur gigantesque crucifix de la taille du pare-prise, orné d’icônes bibliques et de photos de famille. Ils roulent à tombeau ouvert et j’en suis parfois blanc comme un linceul. Celui-ci a sans doute décidé d’établir un nouveau record en dévalant les 1700m de dénivelés. Il y a 3 semaines, j’ai lu qu’un prétendant au titre avait emmené tout son bus dans un ravin. Aucun survivant. Peu d’émotion dans le public, ce ne sont que des indiens du Chiapas. Comme nous ce soir.

La nuit est tombée. Depuis mon siège, le spectacle est impressionnant. Je ne vois que les pâles lueurs des phares qui tentent de balayer les talus, les ravins et des arbres centenaires. Tout n’est que virages, grands coups de volant, grincements sinistres et bips stridents pour rappeler au chauffeur qu’il vient de dépasser la vitesse limite.

Lisez la 2e partie de ce billet « Des hommes armés derrière un barrage de sacs de sable »

2 Responses to Viva Zapata !

Et vous, qu'en pensez-vous ?